"La Guzla" de Prosper Mérimée : étude d'histoire romantique (са посветом аутора)

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CHAPITRE PREMIER.

ont le tort de faire supposer à un étranger, non pas l’existence de cette unité ethnique qu’est la race serbocroate, mais la coexistence de nombreuses peuplades de lointaine et vague parenté. Ces noms furent empruntés soit à la géographie ancienne, non-slaves, comme ceux de Triballes, Illyriens, etc., soit à la géographie provinciale moderne, d’origine slave ou étrangère, comme ceux de Dalmates, Morlaques, Bosniaques, Rasciens, Monténégrins, Esclavons ï , etc. ;ou bien, ils furent confondus avec les noms des peuples voisins : Bulgares, Vainques et même Grecs. Du reste, il ne pouvait en être autrement, étant donné, d’abord, l'ignorance de cette époque à l’égard des pays slaves ; ensuite, la nouveauté relative de la classification scientifique des langues et des nationalités. Il n’existe donc pas de nationalité illyrienne ou illyrique ; c’est le peuple serbo-croate que masque ce nom. On verra, du reste, dans le cours de ce livre, que les écrivains français de 1825, et Mérimée lui-même, s’en étaient rendu compte 2 . Ce peuple serbo-croate n’était pas inconnu dans la littérature française du moyen âge; les Croisades l’avaient mis en relations avec l’Occident. La péninsule des Balkans fut traversée par Godefroy de Bouillon, Frédéric Barberousse, Richard Cœur de Lion. Les chroniques du temps relatent, en effet, en vers et en

1 Ce nom, qui désigne aujourd'hui exclusivement les habitants de l’Esclavonie (pays faisant partie de la Croatie), désignait autrefois les Slaves en général ; il commença à disparaître dès la fin du xvm e siècle, surtout sous l’influence d'es écrivains russes. Pour remplacer le nom A’Esclavons par un terme plus précis, un Ragusain, le comte de Sorgo, proposait, en 1807, àl’Académie Celtique de Paris le nom de Slovinski-narod (peuple slovinique). Mémoires de l’Académie Celtique, t. 11, pp. 21-62; 2 Voir ci-dessous, ch. n, | 5.