Le Monténégro contemporain : ouvrage orné d'une carte et de dix gravures

CHAPITRE DOUZIÈME. 351

de celle du prince lui-même. Enfin, ce dernier, par sa facilité à entrer en relations avec les gens de toute classe, à accepter leurs réclamations, à les favoriser à l'occa-: sion, se présente naturellement comme pondéraleur entre le peuple et les’ grands, et obtient ce grand bénéfice de maintenir alternativement le peuple par les grands, et ceux-ci par le peuple luimême. Sur cet antagonisme toujours possible peut s'assurer tranquillement un pouvoir despotique, que les uns et les autres ont intérêt à respecter et à défendre; et ainsi se trouve habilement appliqué ce précepte de Machiavel : « Un prince sage doit faire en sorte que ses sujets aient besoin de lui en tout temps, seul moyen par lequel ils lui seront toujours fidèles !. »

Mais les difficultés sans cesse renaissantes de la politique extérieure viennent souvent troubler cette quiétude dont le chef de la Montagne-Noire peut se prévaloir au-dedans. D'un côté, c'est la Turquie qui, méfiante et ombrageuse , incapable de dominer ce prétendu vassal, retrouve dans les moindres troubles des provinces voisines du Monténégro, les manœuvres et les agissements de ce dernier; c’est l'Autriche qui, jalouse d'une influence que les souvenirs du passé ne sauraient laisser perdre , semble entrevoir toujours le moment où, s'élançant de leurs rochers, les montagnards vont fondre sur les Bouches et sur tous les Primore, et donner la main à des populations avides de s'affranchir du joug tudesque *. Nous devons à la vérité faire la part des ennuis

1 Pero, un principe savio deve pensare un modo per il quale li suoi cittadini, sempre, ed in ogni modo e qualita di tempo, abbino bisogno dello stato di lui, e sempre poi gli saranno fedeli. (Macaravezer, él Prin-

cipe, cap. 1x.) 2 Cyprien Robert a dit à ce sujet : « L’Autriche craint sans cesse pour