Orateurs et tribuns 1789-1794

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Or, on sait comment il traita les Girondins suspects de fédéralisme, de résistance à la tyrannie parisienne, lui qui, dans ses Mémoires, appelle leur jugement une atroce injustice; il aurait voulu rayer de l’histoire le 28 juillet 1793, le 8 brumaire, et c’est lui-même qui proposait des décrets pour la mise en accusation de neuf Girondins, qui appuyait la motion qui permit au tribunal de décider contre eux sans entendre la défense. Espérait-il donner le change au moyen d'une telle imposture, comme ce paysan qui croyait détruire la loi en déchirant la page du code pénal qui visait son délit ?

Il accuse Robespierre d’avoir réclamé la mise en Jugement de Marie-Antoinette, le bannissement des autres membres de la famille Capet. Or, quel est le député qui prononça le discours et proposa le décret? Qui? Barère lui-même, dans la séance du 1% août 1793. Comment dès lors ajouter foi à l'apologie qu'il tente dans ses Mémoires, au plaidoyer que M. Hippolyte Carnot présente dans la préface de cet ouvrage ?

Voilà pour les mensonges. Voici un exemple de versatilité. Le 7 thermidor. Barère, à la tribune de la Convention, porte aux nues Robespierre; le 8 thermidor, comme on propose d'imprimer le discours de l’Incorruptible, Barère parle dans ce sens, mais la Convention se montrant contraire à cette mesure, il cherche à se faire pardonner et supplie ses collègues de s'abstenir de querelles « qui ne peuvent plaire qu'à Pitt et à